black_garry_etoile_de_mer_2203092Dans la vie, tout le monde a une étoile.

Le truc, c'est que certains s'attachent à la leur pour toute la vie. D'autres en changent au fil des décennies : une étoile pour l'école, une étoile de célibat, une étoile de couple, une étoile d'enfants, une étoile de divorce, une étoile de maison de retraite. C'est un peu comme les amoureux quoi, y a des mono-étoilé et des poly-étoilés. Personnellement, j'ai choisi la première option.

J'ai rencontré mon étoile, j'avais à peine 5 ans. Si je fais une soustraction à retenue (je m'applique bien en tirant la langue), la mienne a donc 28 ans. A l'époque, j'allais à l'école maternelle des marronniers, au bout de la rue avec son petit frère. Oui parce que mon étoile a deux ans de plus que moi. Aujourd'hui tout le monde s'en fout, mais je peux vous dire qu'à l'enfance et à l'adolescence, c'était pas facile d'être vécue par les copines de mon étoile comme le boulet de deux ans de moins, la petite. Du coup, première cloppe à 13 ans ! Et hop, une vraie belle première bêtise.

Mon étoile a été parfois et tout à la fois mon amie, ma confidente, ma soeur, ma mère. Elle a été mon mentor aussi un peu. Il faut dire qu'elle était rebelle quand j'obéissais, qu'elle faisait les 400 coups quand j'avais peur de mon ombre, qu'elle redoublait quand je faisais première de la classe, qu'elle a expérimenté toutes les aventures que j'ai vécues sagement par procuration. Mon étoile habitait le même immeuble, l'appartement du dessus. Une famille de post soixante huitards, genre nombreuse la famille et bruyante. En dessous, nous n'étions que trois en semaine (la poupée cassée était dans sa maison de poupées cassées de semaine) et quatre le week end. Avec mon étoile, quand on n'avait plus le droit d'être l'une chez l'autre, on se parlait penchées à nos fenêtres, en douce, par tous les temps.

Depuis toujours, mon étoile et moi même sommes très différentes et très semblables. Mon étoile est bordélique à tendance hyper aggravée. Je vire maniaque réac en vieillissant. Mon étoile ne subit aucune convention, je me suis maquée à un breton du bout de la terre et tout indique que je vais finir sur un "ils se marièrent, vécurent heureux et eurent de nombreux enfants et animaux de compagnie". Mon étoile veut aller vivre au Ghana, je cherche un pavillon de banlieue avec le jardinet qui va bien. Mon étoile fume comme un pompier, j'ai sagement arrêté il y a quelques années. Mon étoile est narcoleptique et fait de nombreuses crises de catalepsies à chaque fou rire. Je passe mon temps à tenter de la faire rire parfois sous l'oeil médusé des gens autour. Dans la forme, beaucoup nous oppose, mais le fond a assez d'amour, d'écoute et de respect pour tenir 28 ans, côte à côte.

Elle m'a surnommée son île. C'est une sorte de longue histoire d'amour entre une île et une étoile. Ce n'est pas facile 28 ans pour une étoile et une île. Certains virages se sont pris sauvagement, d'autres s'annoncent déjà dangereux, mais l'une est toujours à veiller sur l'autre, l'autre à garder un oeil sur l'une. Je ne saurais pas bien dire pourquoi mais je crois que malgré tout, mon étoile et moi prolongerons notre conversation jusqu'au bout, parce que mon étoile, c'est la seule et unique personne qui m'ait un tout petit peu donné à croire dans le sacré. Je crois.

DQJM