crabe_centollaParfois on vit, on cavale, on bosse, on oublie d'appeler les copines, on fixe sur - une poussette pour gosses, - une petite robe, - une nouvelle chanteuse à textes, on se dispute pour des conneries, on hurle sur les périph après les motos, on fait à bouffer, on rit, on pleure, on se culpabilise, on dort, on mange du chocolat, on fait l'amour, on s'épile, on cuisine, on papote, on fait des blogs, on avance et le temps passe, passe, passe.

Parfois, sur un coup de téléphone, le temps suspend tout le reste. On ne l'a pas appelée depuis des siècles, pourtant elle a compté beaucoup à un moment clé. Elle a fait partie intégrante d'une phase de vie super chouette. Les premiers pas au travail, l'insouciance d'une toute petite vingtaine, la découverte de la féminité dans ce qu'elle a de jubilatoire entourée de trois femmes exceptionnelles qui m'ont mis le pied à l'étrier au talon haut.

Sauf que. Une saloperie de crabe s'est infiltré dans sa tête. Sauf qu'ils ne savent pas bien comment ils vont la soigner. Sauf qu'ils savent qu'ils ne la sauveront pas. Sauf qu'elle est dans une tour dorée, loin du monde et proche des siens pour tenter d'affronter son destin. Elle a quarante ans.

Depuis trois semaines, je pense à elle chaque jour. Que faire quand il n'y a rien à faire si ce n'est envoyer des bouteilles à la mer via le mail ? Que dire quand on a laissé passer trop de temps pour se ramener comme une fleur après trop d'années de silence ? Comment lui dire que je suis en train de vivre la période la plus heureuse de toute ma vie, que je pense à elle et que je l'aime beaucoup et que je voudrais rattraper ce foutu temps passé ?

Je n'ai aucune réponse si ce n'est de penser à elle tous les jours. Il y a quelques mois, la nuit du premier de l'an, sur les coups de minuit, Albertine, totalement bourrée, me demandait à l'annonce de ma grossesse si je croyais enfin au petit jésus. La réponse est non. Jamais.

DQJM